HAITI (AREFOCUS) - L'âne avance doucement dans un petit champ d'Artigat (Ariège) sous les yeux attentifs de Laurent Girousse, stagiaire à Prommata. Il tente, avec une herse modernisée par cette association, un demi-tour mal assuré sur la terre sèche.
"On s'attend à quelque chose de beaucoup plus dur, mais c'est vraiment étonnant comme on y arrive bien", s'étonne, après avoir réussi la manoeuvre, ce conservateur de musée qui veut se reconvertir dans le maraîchage biologique.
Entouré des sept stagiaires et de son âne Pépita, Jo Ballade, un des formateurs de Prommata (Promotion du machinisme moderne agricole à traction animale), l'assure: "en trois jours, tu mènes les bêtes et tu butes les patates tout seul comme pour la plupart des travaux".
Cette petite révolution pour ces futurs professionnels s'accompagne également d'un gain de temps, l'âne multiplie par trois la surface parcourue par un motoculteur, et ceci à un faible coût: l'animal et l'outillage complet pour moins de 3.000 euros.
"On a la démarche inverse du système actuel où le fabricant invente du matériel toujours plus performant pour le vendre et l'agriculteur ne cesse d'acheter pour le remplacer, fait valoir Jo Ballade. Là, c'est l'utilisateur qui par ses besoins provoque l'offre".
En 16 ans, Prommata, seul organisme en France à assurer la formation et la conception de machines, a développé dans son atelier ariégeois de Rimont, toute une gamme d'outils légers agro-écologiques, qui s'attèlent à ses porte-outils.
Preuve du succès de ce mode de production loin des logiques productivistes, les ventes ne cessent d'augmenter avec notamment trois exemplaires de son produit phare, le porte-outils la Kassine fabriqués chaque mois pour la France mais aussi pour les pays d'Europe de l'Est et d'Afrique.
Et les douze stages annuels dans l'Aude, l'Ariège et le Limousin affichent presque complets. S'y inscrivent le plus souvent des personnes désireuses de compléter leur revenu en exploitant un à cinq hectares dans les régions les moins riches ou à la pointe de l'agriculture biologique comme la Lozère, la Haute-Loire, la Basse-Normandie ou la Charente.
Pour Gilles Przetak, qui, à 27 ans, compte s'installer sur six hectares de terre à Montech (Tarn-et-Garonne), "c'est avant tout un confort de travail très important par rapport aux outils anciens, qui rendent les travaux très durs pour l'animal et le maraîcher". "Et c'est beaucoup plus calme que le tracteur", renchérit un autre stagiaire Julien Chandezon.
Revaloriser les terres laissées en friche, rester libre, ne plus utiliser de produits chimiques... tel est le rêve de ces jeunes, dont certains souhaitent vendre leur production 100% bio sur les marchés - plantes médicinales, arboriculture, viticulture et maraîchage - et utiliser les animaux de trait pour le tourisme.
"La traction animale est une valeur ajoutée. Quand on travaille dans une serre avec un motoculteur, les métaux lourds retombent sur les légumes et la terre n'est jamais renouvelée", souligne Jo Ballade, un des fondateurs de l'association qui compte 220 adhérents.
Devant tant d'avantages, cet ardent défenseur de l'environnement émet cependant une réserve: la maîtrise des animaux. Face à cette difficulté, nombre d'agriculteurs abandonnent leur porte-outils au fond d'un champ jusqu'à ce que Prommata les remette en selle en se déplaçant chez eux pour des journées techniques.
BOISGUENE RUBBENS